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Crise du coronavirus : quel impact pour nos commerçants ? (Confinement – semaine 3)

Plan A : « Si le confinement se prolonge, ça va devenir compliqué financièrement »

Stéphane Counet, vous êtes le gérant de la sandwicherie Plan A. Quelles sont les conséquences de la crise du coronavirus sur votre commerce ?
Nous aurions pu rester ouvert pour permettre aux clients d’emporter nos sandwichs. Malheureusement, nous avions trop peu de clients pour que ça en vaille la peine. Au début, ça me paraissait surmontable de continuer et j’ai travaillé seul quelques jours pour le service à emporter, puis je me suis dit qu’il ne fallait pas s’accrocher inutilement. C’est déprimant de ne faire aucun chiffre et de ne pas vendre dans son commerce.
Quelles sont les conséquences de cette fermeture sur votre établissement ?
Nous sommes fermés depuis trois semaines et c’est pour l’instant difficile de se rendre compte de l’impact que ça va avoir à long terme. Pour le premier mois, la Région wallonne nous a versé 5000€, ce qui permet de couvrir une bonne partie des frais. Même si nous n’avons pas de rentrées actuellement, j’avais heureusement mis de l’argent de côté sur le compte épargne de la société pour parer à un éventuel coup dur, donc nous ne nous retrouvons pas sans rien ou avec des dettes. Mais nous ne savons pas encore quand nous allons rouvrir, ni comment. Si nous n’avons pas les écoliers et les touristes en mai-juin, notre chiffre d’affaires va fortement diminuer. C’est assez difficile de se projeter dans l’avenir à l’heure actuelle. Nous ne nous tapons pas la tête au mur, mais si le confinement se prolonge au-delà du 3 mai, ça va devenir compliqué financièrement.
Pour beaucoup de personnes qui ne peuvent plus travailler, le confinement est aussi vu comme l’opportunité de faire une pause. Que faites-vous de votre temps libre ?
J’ai tellement de choses à faire chez moi… J’en profite pour faire des petits travaux que je n’aurais jamais pu réaliser en temps normal : des plantations dans mon jardin, de la peinture à la sandwicherie… Je profite du soleil et je me repose aussi, évidemment ! Il faut dire que nous avons de la chance d’être confinés dans un tel environnement à Esneux où nous pouvons aussi profiter de la nature.


Epi-Centre : « Un boom sur les produits de base pour faire de la pâtisserie et du pain »

Isabelle Jardon, vous avez ouvert l’Epi-Centre, un point de vente de produits proposés en vrac et locaux, en septembre dernier. Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées suite à la crise du coronavirus ?
La première conséquence, ce sont les mesures que nous avons dû mettre en œuvre et qui n’étaient pas évidentes au départ car nous ne savions pas exactement ce qu’il fallait faire. Il a aussi fallu nous rassurer et rassurer les clients, tout en comprenant que chaque client réagit différemment. Nous avons donc mis une série de petites mesures en place qui ont finalement un impact important. Alors que nous pouvions tenir le magasin seul, nous devions maintenant y être à deux: je sers le client et Alain reste à la caisse. Et puis, il ne peut y avoir qu’une personne à la fois dans le magasin, donc ça diminue le côté convivial et social où les gens pouvaient discuter entre eux dans le magasin, même si nous essayons de continuer à en faire un moment sympathique. Du côté de l’hygiène, nous mettons du désinfectant à disposition des clients que nous servons nous-mêmes. Nous nous désinfections aussi les mains entre chaque client. Proposant des produits en vrac, nous avions déjà un niveau d’hygiène assez élevé et nous sommes encore plus attentifs aujourd’hui, donc ça nous prend plus de temps.
Avez-vous également constaté des changements au niveau de la clientèle ?
Au niveau de la fréquentation, nous sommes plutôt dans une augmentation : les gens mangent plus chez eux, cuisinent plus et nous avons un boom sur les produits de base pour faire de la pâtisserie et du pain comme la vente de farine qui est en très forte augmentation. Nous avons aussi constaté un petit changement au niveau de la clientèle : nous avions des habitués qui viennent moins parce qu’ils ont peut-être leur façon de faire leurs courses et des nouveaux clients qui prennent le temps de venir nous découvrir.
Est-ce que vous avez mis des procédures en place pour absorber ce flux de clients supplémentaires ?
Nous n’avons pas changé nos horaires car nous devons continuer à consacrer des heures à notre emploi principal, même si nous sommes en télétravail. Il n’y a d’ailleurs pas trop de file d’attente chez nous, une dizaine de minutes au maximum, mais le flux de clients est plutôt régulier. Par contre, nous avons vraiment beaucoup plus de personnes qui viennent chercher des colis de la Coopérative Ardente, pour qui nous sommes un point-relais. Avec le beau temps, nous pouvons laisser les colis dehors, ce qui n’augmente pas la durée d’attente pour ceux qui doivent entrer dans le magasin. Ceux qui le souhaitent peuvent aussi passer commande par mail à epicentreesneux@gmail.com.
Comment voyez-vous la période post-cornavirus ?
J’espère que les clients qui étaient réguliers reviendront et reprendront leurs habitudes chez nous. J’espère aussi que les nouvelles personnes qui sont venues découvrir l’Epi-Centre continueront et que nous aurons un nombre de clients plus important. Plus globalement, nous espérons que les gens auront une prise de conscience et qu’ils accorderont une plus grande importance à une alimentation locale et de qualité parce qu’avec cette crise, on se rend compte que nous sommes liés à un commerce mondial fragile.


Quels sont vos goûts ? : « Dans le secteur alimentaire, nous n’avons pas à nous plaindre »

David Juprelle, vous gérez avec votre épouse Aurore la boucherie Quels sont vos goûts ?. Quel est l’impact de la crise du coronavirus sur votre commerce ?
Notre chiffre d’affaires a bien augmenté au niveau de la vente comptoir, par contre, notre service traiteur va en prendre un sacré coup pendant les prochains mois avec l’annulation de tous les événements… Les restaurants sont fermés, les gens ont le temps de faire à manger parce qu’ils restent à la maison, ils font des provisions supplémentaires, donc ils achètent plus de viande aussi. Sans oublier que des habitants d’Esneux qui ne venaient pas se sont retrouvés à pousser notre porte parce qu’ils font leurs courses près de leur domicile au vu des mesures de confinement.
Vous avez également dû prendre des mesures supplémentaire pour l’accueil de vos clients ?
Nous avons acheté des gels anti-bactérien pour désinfecter davantage le plan de travail, le présentoir, la balance, la trancheuse et du gel pour nous nettoyer les mains… Nous avons aussi placé du plexiglas reçu de la Commune. Nous ne pouvons plus utiliser de sacs ou de contenants réutilisables et il ne peut y avoir que deux clients en même temps dans le magasin.
Comment vous êtes-vous adaptés à cette très forte augmentation soudaine du nombre de clientes ?
Nous avons réorganisé nos horaires en réduisant un peu nos heures d’ouverture. Les gens peuvent venir plus tôt, donc nous n’avons plus besoin d’ouvrir si tard. Nous avons aussi pris la décision de fermer deux semaines car avec cette surcharge de travail, en plus du climat anxiogène lié à cette crise qui pèse sur le mental de tout le monde et de l’absence de notre cuisinière qui était malade, nous avons accumulé une grosse fatigue physique et mentale. Nos enfants étaient aussi seuls à la maison et nous voulions pouvoir être auprès d’eux.
Comment envisagez-vous le « retour à la normale » en tant que commerçant ?
C’est un peu difficile de savoir ce qui va se passer parce que nous sommes aussi en plein travaux et nous allons changer le magasin, donc tout se mélange. Ce qui est positif, c’est que nous aurons renforcé les liens avec les personnes plus fragiles auprès desquelles nous aurons effectué des livraisons et nous donnons notre maximum pour préparer les commandes demandées. Nous aurons aussi peut-être gagné de nouveaux clients qui nous aurons découverts et qui reviendront peut-être. Nous, dans le secteur alimentaire, nous n’avons pas à nous plaindre parce qu’il faut que la population continue à manger !

2 commentaires

  • Elsa

    Bonsoir,
    Dommage de réduire les commerçants à 3 adresses qui toutes 3 ont pu continuer à exercer même si certains ont préféré arrêter volontairement leurs activités.
    Il aurait été plus juste d’interroger d’autres qui n’ont pas eu le choix de fermer leur établissement.
    Vos portraits donnent une fausse image de ce que les commerçants esneutois vivent en ce moment.
    A vous lire, tout est rose….et tout va bien!
    Croyez moi, c’est loin d’être le cas

    • Helloelo

      Bonjour,

      L’objectif est de continuer à interroger d’autres commerçants dans les prochaines semaines. Il n’était simplement pas possible de relayer 10 témoignages dans un seul article. Si vous êtes commerçant et que vous souhaitez témoigner, n’hésitez pas à me contacter en message privé et je vous rappellerai avec plaisir !

      Bonne journée et bon courage,

      Elodie

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